Humeurs

Santé : et si on arrêtait de gober n’importe quoi ?

Dans le domaine de la santé, dès que l’on s’intéresse un peu aux alternatives allopathiques et d’autant plus que l’on souffre d’un problème chronique – du petit truc un peu chiant genre mycose aux ongles de pieds au trouble plus lourd, on trouve tout et n’importe quoi en cherchant sur le web.

Tout parce qu’il y a parfois des choses intéressantes, n’importe quoi parce qu’il y a aussi des conseils complètement tirés par les cheveux sinon parfaitement dangereux.

Quand on galère avec ce que nous donnent les médecins traditionnels, que ceux-ci peinent à nous soigner davantage parce qu’ils ne savent pas et n’ont pas la solution miracle que parce qu’ils sont à la solde de l’industrie pharmaceutique, on est tenté de croire le dernier qui a parlé et notamment celui qui offre la panacée.

Je crois beaucoup à la phytothérapie – qui n’est pas si éloignée de l’allopathie en termes de principes actifs et comporte d’ailleurs des effets indésirables. J’accorde également beaucoup d’importante à la supplémentation en micronutriments. Toutes les deux jouent très probablement sur la guérison ou tout du moins peuvent alléger les symptômes – ce qui est déjà pas mal quand on souffre de quelque chose qui ne dispose pas de traitement propre. Certaines médecines alternatives comme l’acupuncture, encadrées par des praticiens sérieux et honnêtes (qui ne vous disent pas d’abandonner votre traitement), semblent également faire leurs preuves. Et tout peut très bien fonctionner de consort. Par exemple, pour mes douleurs prémenstruelles, ma gynéco m’a conseillé, parce que le supporte mal les traitements hormonaux, l’huile d’onagre et le yoga adapté aux femmes (comme le Kunda Yoga). Pour le SCI, le gastro, en complément de mon traitement, m’a recommandé de poursuivre le shiatsu, de me supplémenter en magnésium, en oméga 3 et en L-Glutamine…

Bref, tout cela est une question d’équilibre et chacun pourra trouver grâce à des conseils de spécialiste, les aides les plus adaptées.

Ce qui me choque – j’en viens aux faits après cette loooooongue introduction, ce sont :

1- Les « gourous » (je ne trouve pas d’autre mot) du bien-être qui développent à coups de vidéos Youtube et de sites (toujours très bien référencés) des « traitements » qu’ils disent naturels (on ne sait pas trop ce qu’ils mettent derrière ce mot mais naturel, ça sonne toujours bien et ça attire ceux pour qui la médecine à papa ne marche pas). Ils ne sont ni médecins, ni biologistes, ni même formés à une quelconque pratique traditionnelle. Non, non, ils ont juste trouvé un bon filon.

Ici, tout un monde s’ouvre à toi. Celui où l’explication de tes problèmes réside dans le fait que ta glande pinéale en calcifiée (si, si) (ou, au choix : des métaux lourds, des ondes électromagnétiques, du gluten ou du VEO) et qu’une bonne cure de jus alcalinisants suffira à te détoxifier et à te soigner (qu’il s’agisse de rhume, de reflux gastrique, de migraines ou même du cancer ou du SIDA…) . Un monde où il suffit de jeûner pour guérir des pires maux. Un monde où la médecine occidentale est marquée du sceau du diable et nous ment (bien sûr, mon médecin de famille n’a qu’un but : faire crever ses patients à petit feu pour faire du fric, c’est tellement logique). Un joyeux petit monde où se mélangent dérives sectaires, complotisme, soif de retour à une « nature » (on y revient) fantasmée, méconnaissance du fonctionnement du corps humain et allégations infondées.

Ce que je vous dis vous semble hallucinant, mais ça existe et ça fait des petits, plus discrets : regardez le nombre de gens qui refusent dorénavant de faire vacciner leurs enfants (et même leurs animaux de compagnie) et publient de longues diatribes sur Facebook… Quand je vois le nombre de personnes qui accordent du crédit aux publications d’un site comme sante-nutrition.org alors que celui-ci est reconnu pour véhiculer hoax et autres fake news, et que ce genre d’infos est ensuite repris par des magasines féminins à grand tirage, je me dis qu’il y a un problème.

Peut-être ce problème vient-il de notre méconnaissance en sciences et d’une défiance généralisée pour tout ce qui revêt des allures scientifiques. Voici , par exemple, une jolie perle publiée sur la page Facebook de Touche pas à mon gosse, une communauté antivax et complotiste suivie par plus de 45 000 personnes (!!!) :

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Petit rappel de cours de chimie : monoxyde de dihydrogène = H20 = DE L’EAU ! Quel scandale, il y a de l’eau dans les vaccins ! Une imposture tellement connue qu’elle a même sa page Wikipédia mais qui continue de bien fonctionner.

Leçon : quand on ne connait pas un composant, on cherche et on ne relaie pas n’importe quoi !

Et, on remonte aux sources parce que la déformation peut aller assez loin, comme le montre intelligemment cette infographie :

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Le problème peut également venir d’une méfiance envers la médecine. D’une certaine manière, cela peut-être assez sain parce que nous apprenons à être des patients conscients. Mais, à trop vouloir remettre en doute ce qui fait pourtant l’objet d’une certaine unanimité, à tout chercher sur le net, cela peut aussi se révéler extrêmement dangereux parce que l’on en vient à accorder plus de crédit à des gens qui n’y connaissent rien à la santé…

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Sans être plus maline qu’une autre, ni avoir les compétences pour être une pure zénéticienne,  j’ai désormais pris le parti de vérifier tous les conseils que l’on peut glaner avec une suspicion méthodique et à remettre en cause l’argumentation. J’ai besoin d’une argumentation RATIONNELLE. En gros, une qui sait remplir ces différents points :

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Et, je me méfie des sophismes :

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(petit coucou à Éric Grillo, un de mes profs de philo et rhétorique à la fac)

2- La deuxième catégorie qui me tape sur les nerfs, ce sont les malades qui s’improvisent médecins pour « aider les autres ». Je suis membre de différents groupes santé sur Facebook. Notamment un consacré au SCI. En soi, ces groupes sont extrêmement utiles. Ils permettent d’échanger sans complexe avec des gens qui ont les mêmes problèmes que vous, de se rassurer et surtout de se soutenir. Mais dans ces groupes – ça marche aussi pour l’endométriose ou la myo-aponévrosite plantaire, mais aussi sur les forums et des blogs, certains malades se mettent à prodiguer des conseils qui vont bien au delà du simple partage d’expérience. Et, certains membres, parfois dans des situations qui nécessiteraient un petit passage aux urgences, envoient des messages à caractère urgent croyant trouver une solution… J’en ai déjà vu une qui faisait une phlébite en live mais n’allait pas consulter attendant les conseils de la communauté !  On ne devient pas spécialiste d’un trouble parce que l’on est soi-même malade. On peut donner des conseils en se basant sur ce qui marche pour nous sans un faire des généralités. D’autant que, qu’il s’agisse par exemple de SCI et d’endométriose, il y a autant de symptômes qu’il y a de malades – sinon, le diagnostic serait plus simple ! J’ai du mal à comprendre celles qui mettent « endo-girl » dans leur profil Twitter et viennent à la rescousse sans que l’on ait rien demandé quand on aborde le sujet… Comme si la maladie leur donnait une raison d’exister (tout du moins sur les réseaux sociaux). Je reste persuadée que quand on est malade, la meilleure façon d’aider les autres est avant tout de partager ses bonnes adresses et contacts de spécialistes, éventuellement quelques astuces mieux-être mais pas de s’octroyer le droit d’effectuer un diagnostic ou de recommander tel ou tel médicament ou méthode alternative au détriment de la médecine traditionnelle… Bref, l’art du doute est là aussi de mise.

Doutons mais doutons bien et arrêtons de croire celui dispose des arguments les plus séduisants. Un praticien de santé intelligent et compétent est aussi celui qui est capable de dire « je ne sais pas » tout en demeurant aussi rassurant que possible et à l’écoute.

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