Humeurs

Pourquoi nous tournons-nous vers les « thérapies alternatives » ?

Naturopathie, phytothérapie, acupuncture, ostéopathie, psychanalyse… toutes ces médecines non conventionnelles (ou « thérapies alternatives ») font de plus en plus d’adeptes dont je fais partie- je vous ai déjà parlé de mes paradoxes en la matière. Un vrai boom avec son lot de praticiens honnêtes et pleins de bienveillance mais aussi de charlatans.

Que l’on souffre de maux de tête ou de ventre, de syndrome prémenstruel, de tendinites, de dépression ou d’infertilité, il y a toujours quelqu’un pour vous dire « tu as vu un-e naturopathe/ étiopathe/sophrologue/ réflexologue ? Ça a fait des miracles sur moi/ma belle-mère/ma collègue » Et souvent, parfois sans se poser la question d’aller voir un généraliste ou un spécialiste, on y va, tout pleins d’espoir. Et ce à tort ou à raison.

Vous l’aurez compris, je suis en pleine réflexion sur les médecins alternatives, leur bienfondé, leur efficacité, leurs bases scientifiques, leurs limites, etc.

Je m’interroge aussi sur leur succès, pourquoi nous nous tournons vers elles alors que, pour la plupart des cas, leur efficience ne saurait être prouvée de manière tangible (en dehors de l’effet placebo – Ce n’est pas les sous-estimer que de dire ça, car cet effet placebo est très loin d’être d’être négligeable agissant, selon les hypothèses sur les sphères psychophysiologiques, neurobiochimiques et/ou psychologiques.

Mon but ici n’est pas de débattre du caractère pseudo-scientifique de ces médecines non conventionnelles mais de réfléchir aux facteurs qui nous poussent à nous tourner vers elles.

La méfiance envers la médecine conventionnelle

On a tous eu vent de différents scandales pharmaceutiques – Médiator, Distilbène… Sans virer dans le complotisme ou la peur absolue du médecin, cela crée sans doute une certaine méfiance envers le corps médical et une envie de se tourner vers des thérapies alternatives.

De plus, on connait tous des cas où les médecins hésitent, n’ont pas de réponse ou pas de solution idéale. Et nous mettons en doute leur parole et leurs compétences parce qu’on attend d’eux qu’ils soient devins et qu’ils aient une baguette magique.

Quand on souffre d’un problème chronique qui peut être très handicapant- colopathie, endométriose, etc., on aimerait trouver de quoi nous soulager à défaut de guérir complétement. Quand on a fait 4 médecins généralistes et 3 spécialistes, passé une foultitude d’examens et qu’on en a marre d’avoir mal, on n’a qu’une envie : trouver quelque chose qui nous soigne ou à défaut quelque chose qui nous soulage. Et là, on va aller chercher ailleurs. Et quand on lit des témoignages d’autres malades disant aller beaucoup mieux grâce à la naturopathie ou à l’acupuncture, eh bien, on n’hésite pas à tenter le coup – parce que de toute façon, ça peut difficilement être pire – du moins, c’est notre impression.

Par contre, j’ai du mal avec l’idée que les médecins eux-mêmes, de manière générale, entretiennent cette méfiance par leur attitude.

OK, comme il y a des mauvais enseignants ou des mauvais pâtissiers, il y a des mauvais médecins. OK, il y a des spécialistes vénaux qui nous prennent pour des pigeons.  Mais il y a aussi et surtout des médecins qualifiés qui font tout ce qu’ils peuvent pour aider leurs patients. Honnêtes, passionnés, à l’écoute et bienveillants et ils ne sont pas de purs mécaniciens du corps humain cherchant à tout prix à bourrer leur patientèle de médocs. Reste à trouver le(s) bon(s) – assez facile à Paris, peut-être moins en rase campagne où le « choix » est plus limité.

Le besoin d’écoute et de temps

Là par contre, difficile de le nier, les généralistes manquent de temps. Avec une moyenne de 30 patients quotidiens, ils ne peuvent souvent pas nous allouer plus de 15 minutes.

Ça ne pose pas de problème pour le diagnostic d’une otite mais des fois, on aimerait plus. Parce que l’on a envie de parler et d’être écouté. D’être considéré comme dans notre individualité.

Alors, du coup, quand un premier rendez-vous chez le naturopathe dure 2 heures, quand la séance chez l’ostéo ou l’acupuncteur dure plus d’une heure, on a la sensation d’être vraiment considéré et pris en charge.Et il ne s’agit pas « juste » d’en avoir pour son argent.

Les médecines alternatives revendiquent, en outre, une démarche holistique, c’est à dire qu’elles mettent en pratique des méthodes qui seraient fondées sur la notion d’un soin apporté en tenant compte de la « globalité de l’être humain » : physique, émotionnel, mental et spirituel, ou corps-esprit.

Le patient serait alors considéré comme une personne et non comme un malade.

Et cela fait écho à notre besoin de prise en charge unique.

L’appel à la nature

« Plus c’est naturel, plus c’est sain, plus c’est bien, plus c’est préférable ».

C’est un argument auquel on est souvent tenté d’adhérer. En règle générale, on préférera prendre des produits dits « naturels » ou recourir à des thérapies manuelles pour se soigner plutôt que de foncer à la pharmacie.

Peu importe que cet appel à la nature relève d’un sophisme moral. Peu importe que nos graines de chia aient besoin de faire plusieurs heures d’avion avant d’arriver dans notre magasin bio ou que la photosynthèse de notre citrouille d’Halloween – riche en vitamine A, soit elle-même un processus chimique.

Recourir aux plantes, se dire que notre alimentation doit être notre première médecine ou faire appel à des pratiques ancestrales sont autant de choses qui nourrissent notre envie de « naturel »et flattent notre morale.

Prévenir plutôt que guérir

Globalement et peut-être est-ce renforcé par de nombreuses campagnes médiatiques, on est super flippés de tomber malade.

Tout devient bon à prendre pour prévenir les problèmes de santé. On a souvent l’impression que les médecins n’assurent pas ce rôle de prévention (même si c’est plutôt faux – voir cet article peut-être un peu partial mais assez juste) ou du moins pas autrement qu’avec des vaccins – je ne vais pas me lancer sur ce débat-là ;)

Les médecines traditionnelles promeuvent, et ce n’est pas un mal quand cela n’est pas délètère à la santé du patient, la prévention. On connait tous le mythe du médecin chinois qui était payé quand les gens étaient en bonne santé et il tombait en disgrâce quand les gens étaient malades.

Les naturopathes et nombreux praticiens vont vous dire, de manière assez docte, ce qu’il convient de faire ça ou ça pour prévenir telle ou telle maladie. Peu importe si ces allégations sont fondées.  Après tout, ça ne coûte rien de rajouter un peu de curcuma ou de radis noir à sa routine alimentaire…

En outre, il y a souvent une véritable vocation hygiéniste chez les praticiens en médecines alternatives. Plus que notre généraliste, que l’on va d’ailleurs rarement voir juste pour faire le point sur nos habitudes « bien-être », ils sauront rappeler des conseils que l’on jugera souvent « de bon sens » et qui permettront de contrer certains troubles. « Mieux vaut prévenir que guérir « , comme disait ma grand-mère.

La volonté de prendre sa santé en main

Consulter un praticien en thérapie alternative, c’est faire le choix de sortir, au moins un peu, du système de santé traditionnel. (Un malade souffrant d’une pathologie lourde n’arrêtera, en principe, pas son suivi médical, à moins d’être influencé par (et là, je pèse mes mots) par un charlatan.

C’est aller chercher ailleurs et par soi-même une solution en dehors des cases – point n’est besoin d’une ordonnance pour consulter un ostéo, un naturopathe ou un homéopathe.

De plus, les praticiens en thérapie alternative ne prescrivent pas. Ils « recommandent ». Si, bien sûr, on est d’aller ou non chercher ses médicaments à la pharmacie, ici, on se sent encore plus libre et plus responsabilisés.

En outre, ces praticiens nous donnent souvent du « travail à la maison ». Le sophrologue nous incitera à refaire les séances de visualisation et de respiration faites au cabinet, l’ostéo nous donnera des exercices d’étirements ou de renforcement ou le naturopathe nous fournira des recettes pour les repas ou encore un régime alimentaire à suivre.

Mettre en application leurs conseils est certes plus contraignant que d’avaler trois cachets en attendant que ça passe, mais nous donne la sensation d’être véritablement acteurs de notre santé. (Je schématise car, tout comme pour la prévention, les médecins œuvrent souvent également à nous responsabiliser face à nos problèmes de santé)

Même le credo « Il faut savoir écouter son corps » relève, selon moi, de ce besoin de prendre sa santé en main.

En somme, faire appel à la médecine non conventionnelle pourrait nous donner la sensation d’être plus libre et autonome. Qui cracherait là dessus ?

Le besoin de donner du sens

Face à la maladie, nous nous sentons désemparés. Nous cherchons des pourquoi et des comment. Faute d’un dieu à qui attribuer nos maux, la réponse « Shit Happens » ne nous convient pas. Or, souvent, les pratiques alternatives vont donner de mettre du sens sur nos problèmes de santé. Très marquées par la psychosomatique, elles s’efforcent de fournir des explications plus ou moins rationnelles à nos maux. Je sais pas pourquoi, ça me rassure bizarrement de savoir que mes problèmes de ventre pourraient venir d’une sale histoire ou que mes douleurs lombaires à gauche auraient un lien avec les rapports conflictuels que j’entretiens avec ma mère. Il y a des cas comme ça où l’on accepte de suspendre sa rationalité.

En ne faisant pas, je l’espère, de la sociologie de comptoir, je pense que notre attrait pour les thérapies alternatives est très révélateur de l’ère du temps, qu’il est une conséquence de l’hyper-modernité avec toutes les aspirations qu’elle induit: individualité, autonomie, quête de sens, recherche de nouvelles valeurs.

 

4 Comment

  1. Cet article , que je lis dans la continuité des précédents, relate avec bon sens une certaine dérive vers les médecines dites naturelles. Beaucoup de malades , même temporaires, ne supportent plus la contre-performance.
    Pardonnez-moi si je cite mon cas mais c’est celui… que je connais le mieux. Quand j’avais 5-6 ans (années ’60) et que je faisais un gros rhume (on ne parlait pas de rhino-machin-chose…) avec un peu de fièvre, on m’enveloppait autour du coup un vieux tissu farci d’oignons demi-frits et le lendemain… cela ne sentait pas bon… mais c’était dégagé. Pas question d’antibiotiques etc… Aujourd’hui, dès la prime enfance, le bambin n’est pas accepté à la pouponnière s’il est suspect de quelque microbe que ce soit. Donc, selon moi, il y a un abus de certains médicaments : les Belges, comme les Français, battent les records d’Europe de consommation d’antibiotiques (et d’ailleurs d’anti-dépresseurs). De là à tomber dans le travers inverse et croire qu’on peut tout résoudre avec de la poudre de perlimpinpin. Qu’un adulte (soit-disant) responsable prenne des risques avec sa santé : libre à lui ! Mais un enfant : c »est scandaleux ! Et ,si cela se trouve : mes fameux oignons chauds étaient un médicament qui s’ignorait . J’aurais tendance à ne pas mettre dans le même panier les thérapies. Là aussi, il y a eu abus, soit d’usage de la camisole chimique (encore de mise envers de nombreux dépressifs , ce qui n’a aucun sens) soit du « tout à l’analyse » . Il fut un temps où les psychanalystes se targuaient de ne travailler qu’avec des patients ne prenant pas de médicaments. Il est vrai que certains somnifères créent un « sommeil lisse ». J’ai connu cela : dès que j’ai su m’en débarrasser (aidé par un médecin-psychiatre), les rêves sont revenus donc la possibilité de les utiliser en thérapie. Mais , le jour où je me suis levé et parti, c’est quand une psychanalyste , que j’ignorais lacanienne m’a dit : »si vous avez mal au foie, c’est un problème de foi  » (sic !!!) . Perdant rarement mon humour, même sur le divan , j’ai rétorqué : « non, Madame, c’est le colon, çà doit être dû à ma nostalgie du Congo belge ». La dernière image que j’ai eu d’elle est une bouche en cul de poule : elle a même oublié de me prendre mes 1000 ex-BEF (25 €) ! Par contre, je demeure persuadé que pour certains, notamment fort ou longtemps malades , à certains moments de leur existence, une thérapie peut se révéler le dernier filet et les psychiatres ne sont pas spécialement plus aptes que les psychologues, même si les premiers sont plus « scientifiques » généralement que les « second(e)s » pour aider une personne et c’est un euphémisme. En conclusion (provisoire ?), je renchérirais sur l’article en disant qu’en cas d’anomalie :l’allopathe est incontournable. Que pour le reste, les adultes font ce qu’ils veulent de leur corps ou de leur santé (ma position) et que, par contre, nous vivons dans une société à ce point déshumanisée que la psy , quand pratiquée par des gens responsables et bienveillants, est indispensable dans certains cas. Michel.

  2. Michel, je ne cherche à pointer aucune dérive ici. Ni à donner une quelconque leçon.
    Par contre, l’emploi du terme allopathe me gène. Il n’est normalement utilisé que par les homéopathes pour parler de la médecine conventionnelle.

  3. De manière beaucoup plus pragmatique, je dirais aussi que les médecines alternatives permettent aussi parfois de régler le problème à la source.
    Notamment l’ostéopathie. Un médicament c’est bien, ça masque la douleur. Mais remettre chaque chose à sa place bah c’est quand même mieux !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *