Pratique

Pratique sportive, bien-être et biais cognitifs

Avez-vous déjà entendu parler des biais cognitifs ?

Vous avez sans doute remarqué que l’on reste perméable à certains conseils, que l’on porte certains jugements de manière instinctive ou que l’on prend des décisions qui ne prennent pas forcément en compte toutes les informations pertinentes dont on dispose (ou que l’on pourrait aller rechercher). Et tout ça sans être idiot-e-s !

Des fois, ça n’est pas bien grave, des fois, ça nous fait carrément faire de la merde ;)

La faute à quoi ? Aux biais cognitifs, en tout cas bien souvent ! Généralement inconscients, ils constituent une forme de pensée qui met en œuvre de manière systématique des distorsions dans le traitement de l’information. Ils peuvent ainsi conduire à des erreurs de perception, de raisonnements, d’évaluation, d’interprétation logique, de jugement, d’attention etc., ainsi qu’à des comportements ou à des décisions inadaptés.

Il en existe un foultitude, étudiée par la psychologie cognitive et sociale. J’en ai sélectionné ici quelques uns que je vais essayer d’illustrer avec des exemples tirés du quotidien de personnes fictives (qui pourraient être chacun-e d’entre nous) qui s’efforcent de prendre soin de leur santé et de leur forme en pratiquant du sport, du yoga et en s’efforçant, globalement, d’avoir un mode de vie sain.

L’idée est de prendre conscience de ces biais pour garder l’esprit critique et ne pas se laisser influencer et polluer par des raisonnements erronés qui nuisent à notre bien-être général.

Le biais de confirmation

Lucie est persuadée que faire du sport fait maigrir. Du coup, elle va à la salle tous les jours et passe des heures sur son elliptique en pensant perdre ses petits kilos en trop tout en s’autorisant quelques écarts. Elle fait ça depuis des mois et est convaincue de bien faire. Seulement la balance ne bouge pas. Alors elle cherche sur Internet…  Et par exemple, dans la première page de recherche, le seul article sur lequel elle va cliquer, ce sera celui-là :

À cause de ce foutu biais de confirmation, Lucie va aller ne rechercher et prendre en considération que les informations qui confirment sa croyance et elle va ignorer ou discréditer celles qui l’infirment. Aller vers ces autres sources créerait chez elle ce que l’on appelle une dissonance cognitive qui le ferait se sentir mal à l’aise en malmenant son point de vue… Et Lucie continuera invariablement d’aller suer sur son vélo, toujours et encore plus, et à négliger son assiette et son poids de forme jusqu’au moment où elle se débarrassera de ce biais.

Le biais d’autocomplaisance

Joan vient de terminer son premier marathon. Il est super content et se félicite de ses efforts – il a consacré des mois, sinon davantage, à son entrainement. Bref, il se dit qu’il l’a bien mérité. L’année d’après, il néglige carrément la prépa, fait la teuf la veille et arrive dans le sas avec une belle gueule de bois. Il traîne la patte et se prend littéralement le « mur » dans la gueule et se voit contraint d’abandonner. Cet échec, il ne l’attribuera pas au fait que qu’il ait bâclé son entraînement ou qu’il se soit mis une mine la veille. Il dira que les conditions météo étaient mauvaises, qu’il y avait trop de monde ou bien encore que ce sont son entraîneur ou ses potes qui n’ont pas assuré. L’idée, c’est qu’il s’attribue tout le mérite de ses réussites mais qu’il va avoir tendance à attribuer ses échecs à des éléments extérieurs défavorables.

L’effet de halo

Marie cherche un cours de Yoga pour débuter. Elle flâne sur Internet pour trouver un-e prof qui l’inspire. Comme elle ne connait personne pour la conseiller et qu’elle n’est pas encore très familière du jargon Yogi, elle regarde les photos. Et son choix va rapidement se tourner vers ce-tte très séduisant-e prof. C’est pas franchement qu’elle ait envie de pécho, ni d’ailleurs qu’elle soit du genre superficiel. C’est juste que l’effet de halo la pousse à percevoir cette personne de belle apparence physique comme plus compétente et plus digne de confiance. Cela vaut aussi si le-a prof est réputée – l’effet de notoriété étant également un effet de halo.

L’effet de négativité

Cela fait maintenant 6 mois qu’Éric court 2 à 3 fois par semaine. Il améliore ses temps et ses distances progressivement et est plutôt content de lui d’autant qu’il apprécie vraiment ses moments de run. Mais un jour, il se fait une tendinite calcanéenne. « Shit happens » direz-vous. Seulement Éric décide que même après sa convalescence il ne remettra plus jamais ses baskets en se disant que de toute façon, la course à pieds, ce n’est pas pour lui. Éric serait-il défaitiste ? Non, c’est simplement que le biais de négativité le pousse à donner plus de poids à une expérience négative qu’aux expériences positives.

L’effet de confiance

Juliette est souple et agile. Elle a fait de la gymnastique quand elle était enfant, elle prend régulièrement des cours de danse et s’entraîne à la salle 3 fois par semaine. Elle décide de se mettre au yoga. Elle pense instinctivement qu’elle va s’ennuyer dans un cours débutant et se s’inscrit directement dans une classe intermédiaire. Elle passe une heure complétement larguée et se fait mal au dos… Juliette est-elle particulièrement présomptueuse ? Non, son jugement a juste été altéré par le biais de confiance qui nous rend enclin-e-s à surestimer nos capacités.

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Le biais de représentativité

Justine trouve qu’elle manque d’énergie. Autour d’elles, certaines de ses copines font régulièrement des cures de jus et ont globalement l’air en meilleure forme. Elle décide donc de faire sa petite détox. Après 3 jours de jus, elle se sent toujours aussi claquée et se dit qu’on ne l’y reprendra plus. Ce qu’elle avait oublié c’est que ses amies ont aussi, toute l’année, une bonne hygiène de vie. Elles mangent équilibré, font du sport, dorment bien, etc. Ce n’est pas tant les jus qui leur filent la pêche mais leurs bonnes habitudes quotidiennes… Eh oui, c’est toute sa routine qu’il fallait revoir et pas juste un détail… Juliette s’est laissé leurré par le biais de représentativité qui consiste à porter un jugement ou à prendre une décision sur la base de quelques éléments qui ne sont pas représentatifs.

Le biais de statu quo

Tom s’entraîne tous les jours depuis des années. Seulement en ce moment, il bosse beaucoup et se sent passablement stressé. Il s’épuise plus vite que d’habitude. Un coach à la salle lui conseille de réduire, au moins temporairement, la cadence de ses séances car il craint un surentraînement. Tom refuse parce qu’il a toujours fait comme ça et que ça lui convient très bien… Mauvaise idée car faute d’adapter ses training à sa condition actuelle, il finit effectivement par s’épuiser complètement. Tom est-il borné ? Certainement pas ! Le biais de statu quo le pousse, en effet, à préférer les choses telles qu’elles sont car un changement lui apparaît comme présentant plus de risques et d’inconvénients. Il peut être résumé avec la maxime « si ça n’est pas (complétement) cassé, ne le réparez pas » .

Le biais de conformisme

Lisa mange régulièrement de la viande et elle aime ça. Elle ne se sent pas particulièrement concernée par la condition animale. Seulement, autour d’elle, de plus en plus de gens sont végétariens ou vegan. Alors, sans se poser des questions d’ordre éthique et sans forcément réfléchir à ce que cela va induire comme changements au quotidien, elle décide d’éradiquer tout produit animal de son alimentation. Lisa manque t-elle de caractère ? Loin s’en faut ! Simplement le biais de conformisme la pousse à agir comme les autres le font (sans forcément s’interroger sur leurs motivations).

 

Ce n’était que quelques exemples de biais cognitifs, il en existe en effet de très nombreux. Si nous y avons tous recours, c’est qu’ils sont bien pratiques car ils nous aident à régler 4 problèmes majeurs : la surcharge d’information, le manque de sens, le besoin d’agir vite et comment savoir de quoi on doit se rappeler plus tard. Il s’agit juste d’essayer de voir au delà pour ne pas prendre des décisions à la légère ou adopter des comportements qui ne nous conviennent pas.

3 Comment

  1. Article extrêmement intéressant !! C’est là que l’on se rend compte à quel point on peut manquer d’objectivité et être influencé(e) par des éléments de notre environnement, sans forcément s’en rendre compte…

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