Une certaine idée du féminisme sportif

Beaucoup de récents débats articulés autour du « féminisme » m’ont donné envie d’écrire ce post. Orienté plutôt pratique sportive parce que c’est le cœur de ce blog mais je pense assez révélateur de mon opinion sur le sujet…

Dans les dernières années, on a vu fleurir des courses (La Parisienne, 10km pour elles, …) et des salles de sport (Curves, Lady Moving, Elleness, Women’s fit …) réservées aux femmes.

Les arguments ?

  • « Enfin bouger sans le regard des hommes », « Comme ça, on est moins timides », « Entre nous, c’est plus cool »…
  • Le programme ? Du soft (petites courses, entraînements allégés et courts) Et, pour les salles de sport, un mise en avant d’objectifs particuliers comme la lutte contre la cellulite et la culotte de cheval.
  • Le tout avec un fond rose, paillettes et tutus…

On s’est battues et on se bat pour l’égalité et on en arrive là ? Les sous-entendus de ce type de démarches me font littéralement mal aux seins. Voilà ce que j’entends de manière sous-jacente :

  • Les hommes sont tous à l’affût de n’importe quel bout de chair ou de forme à mater, voire même des violeurs potentiels.
  • Les femmes sont, par essence, faibles, incapables de répondre de manière claire (sinon par un pain dans la gueule) à des avances plus ou moins déplacées.
  • Faibles, aussi, parce qu’il leur faut des distances, des programmes sportifs et des machines spécifiques, le tout enrobé d’un joli rose bonbon.
  • Le bienveillance n’existe qu’entre filles et un climat 100% féminin, c’est nécessairement cool.

À la rigueur, je veux bien entendre le troisième point. OK, on est naturellement pas gaulées comme des mecs et on n’est pas toutes capables de fournir le même effort physique (enfin, ça dépend). Mais il me gène encore malgré tout, car il signifie aussi qu’une meuf sportive et musclée n’est plus vraiment une meuf…

Quant au dernier, euh, comment dire… De mon expérience, les filles entre elles, c’est ce qu’il y a souvent de pire, avec certes un peu d’amitié mais aussi beaucoup de jalousie et de coups bas…

Ce sont les deux premiers points qui m’offusquent réellement. Et, qui franchement me semblent fallacieux après plus de 10 ans de fréquentation des salles de sport. C’est une manière d’entretenir la culture du viol que certaines féministes prétendent dénoncer. C’est faire perdurer la perpétuelle victimisation des femmes, les renvoyer à leur statut de petites choses qui ne savent que subir et endurer le joug masculin. Face aux (prétendus) grands méchants loups, il vaudrait donc mieux adopter des parades plutôt que de chercher à faire changer les mentalités.

Je ne nie aucunement que des filles, des femmes sont victimes d’abus chaque jour. Je sais de quoi je parle. Mais ce clivage, c’est un peu comme les villes de province 100% blanches où un immigré n’a jamais mis les pieds, qui votent pour des partis racistes uniquement par peur de l’étranger (d’après ce que les habitants ont vu à la TV)… C’est une forme de communautarisme, ni plus, ni moins. Franchement, est-ce que l’on ne ferait pas mieux de bosser à faire sauter les clivages (sans nier les différences ou devenir de vrais bonhommes) plutôt que de les entretenir ?

C’est l’égalité que l’on veut, non ? Alors agissons comme tel ! Et, objectivement, dans les salles de sport mixtes, ça marche très bien. Dans les cours collectifs, l’ambiance est loin d’être à la drague. Ça marche bien davantage dans un esprit de convivialité avec checks à la fin de la séance et discussions autour du training. En 10 ans, je me suis faite draguer une seule fois. Et pas par Mr. Biscoto mais par un garçon tout timide dont j’ai gentiment repoussé les avances. S’il advenait qu’un membre m’aborde ouvertement ou ait une conduite déplacée, je n’aurais aucun scrupule à lui mettre un bon coup de genou et à faire un esclandre… Je suis persuadée que je serais soutenue par tous mes membres et par l’équipe du club.

Ce féminisme galvaudé, utilisé par des salles de sport et des courses à de pures fins marketing nous nuit plus qu’autre chose et ne devrait simplement plus exister. Car, non, nous ne sommes pas des aspirantes Barbies effarouchées mais des femmes fières de l’être !