Lu, vu, entendu

« Santé, science, doit-on tout gober ? » de Florian Gouthière

Vous est-il déjà arrivé de vous enthousiasmer et de changer vos habitudes santé à la seule lecture d’un titre de presse racoleur du type « Mangez de la spiruline pour prévenir le cancer« , « Consommez du jus de citron pour prévenir les tendinites« , « Alerte sur les pommes au cyanure« , « Les dangers mortels du Spasfon »  ou bien encore « Elle guérit de son anxiété en supprimant les produits laitiers  » ?

Ma question est un peu rhétorique parce qu’il y de fortes chances pour que vous soyez une fois au moins tombé-e dans le panneau. Comme moi, comme la plupart des gens, parce que quand une info ou un conseil nous plaisent, qu’ils proposent quelque chose de simple et/ou d’inédit face à une situation problématique, on a tendance à les tenir pour des faits avérés sans prendre de recul.

Toutefois même si c’est un écueil courant, on ne peut pas gober n’importe quoi (au sens propre comme au figuré). C’est le risque, au mieux, de perdre du temps et de l’argent, au pire, de mettre en péril notre santé ou celles de nos proches. On assiste, en effet, à des situations assez terribles comme cet enfant mort d’un otite alors qu’il n’était traité que par homéopathie 1https://www.francetvinfo.fr/sante/enfant-ado/italie-deces-d-un-enfant-apres-une-otite-traitee-par-homeopathie_2212050.html ou ce médecin radié parce qu’il avait prétendu soigner sa patiente atteinte d’un cancer avec du radis noir et de l’Arnica2http://www.leparisien.fr/societe/radie-pour-avoir-traite-un-cancer-avec-du-radis-noir-21-10-2017-7346157.php.

Bref, un petit travail d’ (auto) défense intellectuelle s’impose afin d’apprendre à mieux décrypter les informations santé qu’elles soient relayées par des journaux, des sites web, la radio, la télé ou encore par notre entourage et ce pour de plus ou moins bonnes raisons.

C’est très précisément l’objet du livre « Santé, science, doit-on tout gober? » de Florian Gouthière, journaliste scientifique (Allodocteurs.fr, Le Magazine de la santé, France 5), auteur du très recommandable blog « Curiologie » et formateur en médiation scientifique.

Son angle d’approche est somme toute assez original. Là où l’on a pu lire, par ailleurs, des mises à l’épreuve scientifiques de méthodes alternatives 3Voir à ce sujet, notamment, les ouvrages et articles de Richard Monvoisin, de Jean Brissonet, de Simon Singh et Edzard Ernst ou bien encore le site l’AFIS « Science et pseudo-sciences », Gouthière consacre près de 400 pages à nous aider à construire une véritable méthodologie afin de distinguer le vrai du faux et éviter de se laisser tromper. Dit comme ça, ça peut avoir l’air assez flippant et laborieux mais il n’en est rien. L’auteur fait, en effet, preuve d’autant de pédagogie que d’humour pour offrir un ouvrage accessible à tou-te-s qui n’en perd pas pour autant en rigueur.

Au fil des chapitres, on acquiert notamment les clés pour mieux comprendre nos biais de perception et comment s’en détacher, on découvre d’une manière simple en quoi consiste la méthode scientifique, on voit comment est construite l’information « scientifique » (je mets des guillemets car, justement, elle ne l’est pas toujours) à travers ses différents passeurs – du chercheur ou du labo pas forcément toujours très honnêtes au journaliste qui ne vérifie pas forcément ses sources.

Le champ est vaste et complexe – c’est pourquoi je n’ai pas envie de faire un bête abstract du livre car ce serait dénaturer le propos qui gagne à être lu dans son intégralité afin de suivre le cheminement de pensée méthodique de l’auteur 4Vous pourrez découvrir l’appétissant sommaire ici : http://curiologie.fr/2017/11/manuel-curiologie-2017/.

Malgré sa densité, cet ouvrage se dévore avec plaisir, le sourire aux lèvres – on reprendra même, peut-être avec un certaine jubilation, des habitudes d’étudiant consistant à surligner et annoter.

Mais, le plus important, c’est qu’il nous offre des outils qui, une fois que l’on a compris leur maniement, peuvent être utilisés relativement simplement dans notre vie de tous les jours dès lors que nous sommes confrontés à une information insolite, (trop) séduisante ou encore (trop) simple. Munis de ces « armes » et en particulier du « détecteur de distorsion de l’information » présenté au dernier chapitre, chacun-e de nous pourra, s’il s’en donne les moyens, devenir un-e véritable fact-checker en matière d’information scientifique et/ou médicale. Pas besoin d’avoir fait médecine ou une autre formation scientifique pour cela. Un sens de la méthode – comme celui présenté dans ce livre, de la rigueur, du bon sens et un peu de capacité d’ (auto) analyse suffisent.

« Santé, science, doit-on tout gober? » est un de ces bouquins que l’on ne prête pas parce qu’on aime à les garder sous la main pour en vérifier régulièrement certains passages mais que l’on offre régulièrement autour de soi.

Je ne saurais que vous en conseiller vivement la lecture que vous soyez déjà fervents adeptes de Evidence Based-Medicine. (médecine basée sur les faits)  ou de zététique, que vous ayez déjà un petit fond sceptique ou que vous soyez enclins à une certaine crédulité.

 

« Santé, science, doit-on tout gober ? » de Florian Gouthière chez Belin Éditeur , 18,00€

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