Humeurs

Pourquoi je soutiens la tribune contre les fake médecines

Lundi 19 mars, un collectif de 124 praticiens de santé a publié en ligne et dans le Figaro une tribune adressée au Conseil de l’Ordre des Médecins et aux pouvoirs publics afin qu’ils réagissent face au « Fake Médecines », c’est à dire toutes les pratiques de soin sans aucun fondement scientifique et relevant du charlatanisme et de la tromperie. Pratiques en principe récusées par les Codes de déontologie des professions médicales et le Code de la Santé Publique en vertu d’un principe d’honnêteté mais pourtant tolérées par l’Ordre des Médecins et organisées voire financées par les pouvoirs publics. Concrètement, ces fausses thérapies à l’efficacité illusoire n’ont rien à faire dans le champ médical.

La publication de cette tribune a rapidement entraîné des polémiques dans les médias et sur les réseaux sociaux. On a assisté à un festival de sophismes, de biais et de paralogismes. (à lire à ce sujet, le très bon article d’Acermendax). On a vu une ancienne ministre de la santé se vautrer dans la bêtise crasse à la télévision.

On a entendu des journalistes, y compris « scientifiques », mettre les pieds dans le plat avec condescendance et sans avoir vraisemblablement lu et compris la tribune. Un bon exemple ici avec Mathieu Vidard qui aurait sans doute mieux fait de se taire:

Je vous invite à regarder la très juste réponse de « Un monde riant »

On n’a plus compté les Jean-Michel JeNyConnaisRienALaScienceMaisJaiMonOpinion défendre à coups de griffes leurs granules de sucre, ni les DocteursNeTouchezPasAMesPoudresDePerlimpimPin outrés par cette remise en question.

L’applaudissant des deux mains dès sa mise en ligne, jamais je n’aurais pensé que cette tribune puisse entraîner des retours aussi violents. Comme si beaucoup perdaient tout leur sang froid dès lors que l’on remet en cause leur pensée magique… Une perte de sang froid qui semble avoir mené nombre de personnes à faire une mauvaise interprétation du texte initial, se sentant offensés sinon méprisés. Alors qu’en aucun cas cette tribune n’est agressive ni condescendante.

Mais certes, elle remet en cause des croyances fortes et on sait combien les biais cognitifs peuvent nous induire en erreur et comme ils sont difficiles à lever. En outre, le discours scientifique semble avoir bien du mal à se faire entendre après des décennies d’obscurantisme.

Pour moi, en tant que rédactrice écrivant régulièrement sur des sujets santé mais également comme patiente, soutenir cette tribune est tout simplement une évidence. Je trouve aujourd’hui insoutenable qu’il existe des médecins-homéopathes (faut-il encore les appeler « médecins »?) qui prétendent soigner un cancer du poumon à coups de granules ou de radis noir.

En 2018, des gens meurent faute de traitement adapté ou parce que quand ils se décident à consulter un « vrai » médecin après une suivi homéopathique, c’est tout simplement trop tard… On pourra à ce sujet consulter l’étude « Use of Alternative Medicine for Cancer and Its Impact on Survival« 1Skyler B Johnson, Henry S Park, Cary P Gross, James B Yu; Use of Alternative Medicine for Cancer and Its Impact on Survival, JNCI: Journal of the National Cancer Institute, Volume 110, Issue 1, 1 January 2018, Pages 121–124, https://doi.org/10.1093/jnci/djx145 publiée en 2017.

Je pense aussi à ces gamins autistes suivis par des médecins psychiatres qui prétendent les « guérir »par la psychanalyse. Sur ce thème, le documentaire « Le Mur » de Sophie Robert.

Et ce n’est pas le seul danger des « Fake Médecines ». Non seulement elles entretiennent la méfiance envers la médecine conventionnelle (voyez comment les homéopathes regardent de haut ceux qu’ils appellent « allopathes »et contribuent par exemple, et non des moindres, à participer au mouvement antivaxx) mais elles entraînent également une surmédicalisation, fait bien ironique, en donnant l’illusion que tout peut se résoudre par un traitement…

Souffrant de SCI, cet argument me touche tout particulièrement. Pour ma pathologie comme pour beaucoup d’autres qui ne sont pas dangereuses mais pénibles, les médecins sont un peu désarmés et ne peuvent que prescrire des palliatifs, car pour l’instant, d’un point de vue scientifique, il n’existe rien de réellement pertinent. Face à cette pathologie, les patients, démunis et las, sont enclins à aller chercher des solutions illusoires auprès de charlatans, parfois agissant au titre de médecins ou ayant subi des formations » reconnues. Un véritable mélange des genres où se mêlent conseils médicaux et méthodes n’ayant jamais fait l’objet d’un consensus scientifique: homéopathie, bien sûr, mais aussi: cures thermales, cataplasmes, manipulations ostéopathiques, acupuncture, ventouses, naturopathie… Résultat: ils passent leur temps chez des praticiens plus ou moins fiables et leur table est encombrée de pilules magiques, leur rappelant quotidiennement leur statut de malade quand prendre une certaine distance et se contenter d’un suivi bisannuel chez le gastro leur serait bien plus bénéfique.

On a reproché aux médecins signataires leur manque d’empathie et de bienveillance à l’égard des patients. Mais n’est-ce pas signe d’un profond soucis des malades que de se préoccuper de la qualité et de l’efficacité de ses soins plutôt que de leur vendre du rêve? N’est-ce pas une démarche intelligente qui leur permet de cesser enfin d’être infantilisés par des praticiens qui prétendent pouvoir tout soigner? Voyez combien prennent leur ostéopathe ou leur naturopathe pour un véritable gourou. En tant que patiente avertie et voulant prendre sa santé en main, je sais gré au corps médical de ne pas me mentir et de ne pas me refourguer des traitements illusoires. C’est à mon mec et pas à mon doc de me faire des bisous magiques! Ce qui me rassure (et combat mon hypocondrie), c’est de sortir de chez le médecin sans ordonnance, pas de me voir prescrire une foultitude de potions « miraculeuses ».

Cette tribune est importante parce qu’elle marque une véritable prise de conscience d’un danger pour la médecine dite « conventionnelle » (qui devrait être la médecine tout court) mais aussi pour les patients envers lesquels il est maintenant nécessaire de faire preuve de pédagogie.

J’aurais pu écrire quelque chose de plus sourcé et de moins personnel comme d’autres l’ont fait, mais j’ai préféré une réaction viscérale pour un sujet qui me tient à cœur.

5 Comment

  1. Je suis d’accord sur le fond de cette tribune, mais à titre personnel je n’y apporterai un soutien que discrètement, car je pense que ça braquerait plus qu’autre chose les gens avec qui je discute depuis un moment… Le ton reste quand-même un peu froid, et je pense que la tribune et le site associé auraient gagné en solidité en montrant davantage qu’ils sont conscients des vrais soucis de fond dans la pratique de la médecine aujourd’hui. C’est dit sur le principe, en gros on peut lire sur le site qu’ils défendent une médecine fondée sur les preuves ET bienveillante, mais on en reste là. Quid de la liste de médicaments que vient de publier une fois de plus la revue Prescrire, qui sont toujours prescrits régulièrement alors que leur balance coûts/bénéfices justifierait d’arrêter immédiatement voire de les retirer du marché, par exemple ? Y’a quand-même de sérieux soucis de surmédication dans les prescriptions médicales, en plus du fait que les consultations puissent être expéditives et qu’on ressorte régulièrement sans avoir compris exactement ce qui nous était arrivé, mais avec une belle liste à apporter à la pharmacie… Tous ces éléments jouent dans l’attirance pour les médecines alternatives, il me semble que montrer qu’on en est conscient ne ferait que renforcer ce discours. Dans le cas contraire, on conforte pas mal de monde dans l’idée que les pourfendeurs des thérapies alternatives refusent de leur côté de se remettre en cause

    1. Hello Irène. Je te comprends parfaitement. Sur la surmédicalisation, je me demande parfois si d’une certaine manière les patients ne sont pas également responsables parce qu’ils veulent quelque chose pour les soigner, quand bien même il s’agit d’un rhume qui passerait tout seul…

      1. Je me pose la question, mais il y a l’effet inverse : à force de se dire que les patients veulent quelque chose, on leur en donne systématiquement dans tous les cas. Jamais au grand jamais je n’ai rencontré quelqu’un qui m’ait confié être déjà sorti sans ordonnance de chez un médecin, ou à qui on a demandé s’il voulait ou non une prescription… Et puis il faut bien le dire, on n’ose pas toujours (moi la première). C’est sûrement aussi dû au fait que les médecins ont peu de temps à consacrer à une discussion sur les possibilités du patients, est-ce qu’il préfère se reposer davantage et prendre moins de médocs, etc… (par ex je n’ai pas pris le quart de ce qui m’a été prescrit cette semaine, parce que c’était déjà mon troisième jour de rhino pharyngite quand j’ai consulté pour avoir un arrêt maladie… donc ça s’améliorait déjà, et j’étais censée pendant deux jours prendre 1 doliprane ET un ibuprofene 400 matin midi et soir !)

        1. Moi, je discute systématiquement du traitement avec le médecin, on voit s’il est vraiment nécessaire ou non, on fait la balance entre les effets indésirables et les bénéfices et je ressorts souvent sans rien… Je pense qu’en tant que patient, on peut aussi être actif. Le médecin sait mieux que nous, mais on est en droit de poser des questions et de faire des choix en conscience

          1. Oui effectivement, après quand on est vraiment malade, l’énergie pour discuter manque aussi et on est plutôt en situation de vulnérabilité… Bon là en l’occurrence je n’ai pas eu de chance, la médecin était ultra en retard donc forcément le sacrifice de temps se fait sur les cas peu graves comme moi et c’est normal, mais clairement j’avais à peine le temps d’en placer une ^^

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