Humeurs

Guide Yogique de survie aux élections

Je m’étais dit que je n’écrirais pas sur ces élections présidentielles. Lassitude de voir les gens aux convictions pourtant proches se jeter des pavés à la figure à coup de statuts Facebook et de posts Twitter interposés. Et puis, je n’ai pas l’intention de m’improviser éditorialiste politique. Ce n’est pas dans mes cordes et encore moins dans la fonction de ce blog.

Pour autant, en période troublée, je crois qu’il est important de revenir aux fondamentaux. Certains dégaineront leur Bible, leur Torah ou leur Coran. Pour ma part, j’ai plutôt envie de me re-pencher sur les Yoga Sûtras et plus précisément sur les Yamas et les Niyamas pour voir comment ils peuvent nous aider à aborder plus sereinement ce second tour.

Pour rappel, les Yamas sont des règles morales en société ou des conduites à tenir à l’égard des autres et les Niyamas sont des observances à respecter à l’égard de soi-même, une forme d’éthique personnelle.

Prenons les uns par uns et écoutons ce qu’ils ont à nous apprendre :

Les Yamas :

Ahimsa (la non-violence)

Quand on pense violence, on pense souvent violence physique. Évidemment, nous sommes tous choqués par les violences qui adviennent lors de manifestions pour/contre. Mais la violence verbale est tout aussi ravageuse. Le flot de haine, d’où qu’il vienne, est en soi une violence. Attaquer quelqu’un sur ses convictions de manière volontairement méprisante et/ou venimeuse me semble être tout le contraire d’Ahimsa. Plutôt que de déballer tout de suite des flots d’injures, écoutons les arguments, restons calmes même face à l’adversité la plus féroce. Notre haine est leur meilleure arme contre nous.

Satya (la vérité/l’authenticité)

Face au flux de réactions parfois ambivalentes dans notre entourage, nous aurons peut-être tendance à prendre une posture qui ne nous ressemble pas. À nous transformer en quelqu’un que nous ne sommes pas. La tentation est grande de se transformer en tribun quand bien même nous n’avons jamais fait montre en public d’une quelconque conscience politique. Il semble juste d’exprimer (si on le souhaite) ses aspirations et ses craintes mais en restant toujours soi-même vis à vis des autres. Je crois qu’il vaut mieux s’abstenir de commentaire si nous ne nous reconnaissons pas nous-mêmes à travers ce que nous avons l’intention d’exprimer. Soyons spontanés et restons vrais et fidèles à ce que nous sommes, même dans la tempête !

Asteya (ne pas voler)

Laissons de côté ici le vol de biens matériels pour évoquer celui des idées. Nous avons tôt fait de nous accaparer les discours sinon les convictions des autres. Ou à occuper un espace – aussi virtuel soit-il, qui n’est pas le nôtre. En tant que consultante en communication web, prof de yoga et sportive, parler politique longuement sur les réseaux sociaux me semble illégitime, notamment parce que cela vole la place de quelqu’un de mieux placé que moi pour faire avancer le débat. Après, je ne saurais condamner ceux et celles qui tiennent à prendre la parole. Chacun son truc :)

Brahmacarya (La modération)

Certes dans les textes, cette notion s’applique essentiellement à la modération sinon à l’abstinence sexuelle. Peut-être que cet entre-deux tours vous coupe toute envie, mais ce n’est pas trop mon problème ;)

Par modération, on pourrait penser ici au fait se modérer dans ce qui épuise inutilement notre énergie vitale. Clairement dans cette campagne, il y a un parti que j’abhorre – comme beaucoup d’entre vous, je pense. Pour autant, je préfère éviter de passer mon temps à m’informer en permanence de ses faits et gestes, au moins pour éviter la nausée. J’ai aussi envie de me modérer quant à l’information en général, déconnecter parce que cela nuit à mes relations dans la vraie vie et me fatigue nerveusement.

Aparigraha (Le non attachement)

Il y a dans cette notion un véritable effort pour se détacher le l’égo et faire preuve de générosité. Nous idéalisons parfois nos proches et croyons qu’ils ont les mêmes idées que nous. Cependant, il est parfois utile de se libérer de cette croyance en acceptant des points de rupture. Certes, cette élection nous fait parfois faire du tri dans nos amis – virtuels notamment mais il faut faire aussi le deuil d’une croyance d’un « on pense tous pareil« . Respectons (autant que faire ce peu) les convictions de ceux que nous aimons avec générosité et bienveillance et ne portons pas trop de valeur aux petites différences qui pourraient nous éloigner.

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Les Niyamas

Shauca (La propreté/La pureté)

Bon, vous pouvez décider de faire la grève de la douche ou du bain pour protester contre l’absence de projet écolo au 2ème tour. Mais c’est plutôt de pureté mentale dont j’ai envie de parler ici. Cela se rapproche un peu de Brahmacarya. L’idée pourrait être d’essayer de faire le tri et d’éviter de nous laisser trop polluer psychologiquement par ce qui ce dit ici et là afin de garder la tête froide et de rester focus sur ses convictions. Cela permet, tout en restant conscient, de ne pas se laisser envahir par la peur ou la haine et de demeurer plus serein. Je crois que cette sérénité, quoi qu’il advienne, nous en aurons besoin lors des prochains mois…

Samtosha (Le contentement)

Contrairement à ce que j’ai longtemps cru, Samtosha ne consiste pas à se complaire dans un état de fait qui n’est pas satisfaisant. À mon sens, il s’agit davantage d’un effort de bienveillance à l’égard de soi-même et notamment face aux normes que la société nous impose. C’est ce qui nous permet de mener une vie saine sans avoir peur de ce que l’on est et sans se sentir coupable de ne pas rentrer dans le moule. Ainsi, quel que soit votre choix dimanche, ne vous forcez pas, ne vous laissez pas culpabiliser. Contentez-vous d’être vous-mêmes, fidèles à vos convictions et à vos croyances. 

Tapas (l’austérité)

On peut parler d’austérité, je préfère le terme de persévérance dans le but d’atteindre ce que à quoi nous aspirons vraiment. C’est ne pas se laisser se décourager, quitte à faire des choix et sans doute, à nouveau, se détacher de ce que les autres attendent de nous pour coller davantage à ce que nous sommes vraiment. Jusqu’à mettre (ou pas) votre bulletin dans l’urne, allez jusqu’au bout de vos idéaux en pesant le pour et le contre en accord avec vous-même.

Svadhyana (L’étude de soi)

Comme beaucoup, je pense, ces élections m’ont fait me poser beaucoup de questions sur mes convictions politiques, ce que j’attends d’un président et quelles progrès et réformes je souhaite voir arriver, pour moi comme pour les autres. Ce questionnement me semble hyper intéressant pour mieux comprendre nos valeurs personnelles, ce qui nous anime, nos ressources, etc. Même si nous détestons ces élections, l’exercice d’auto-analyse auquel elles nous invitent est plus que salvateur ! J’ai ainsi réalisé que j’avais vraisemblablement besoin de m’investir davantage dans des actions sociales, de me sentir davantage actrice du changement plutôt qu’être une simple observatrice.

Ishvara Pranidhana (le lâcher prise/l’abandon au divin)

Ce Niyama nous invite à nous penser non comme des individus isolés mais comme des êtres faisant partie d’un tout, reliés par quelque chose de quasi-divin. Dans une France qui semble t-il n’a jamais été autant divisée, je crois que c’est une notion à garder en tête pour la suite. Quoiqu’il advienne, nous sommes tous dans la même m***. Alors accommodons des petites divergences et tentons d’agir aussi pour la communauté – tout en restant intègres. Là, vous pouvez tous chanter en cœur le Imagine de John Lennon…

Je n’ai aucune idée de comment vous allez prendre cet article. J’espère pas trop pompeux ni donneur de leçon. J’espère juste qu’il vous apportera un tout petit peu de sérénité dans cette semaine mouvementée.

Take care

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