Humeurs

Esprit de Noël, est-tu là ?

Noël est presque là et il me tarde d’être au 24 décembre.  Le sapin scintille déjà chez nous depuis le début du mois, les cadeaux sont déjà emballés et nous avons deux calendriers de l’Avant pour patienter jusqu’au jour J.

Pourtant, je suis profondément athée, je n’ai pas un grand sens de la famille au sens propre du terme, j’ai passé l’âge de croire au Père Noël – je n’ai même pas souvenir d’y avoir vraiment cru un jour,  et nous n’avons pas d’enfant.

Paradoxal ? Je ne sais pas. Enfin, je ne crois pas.

Je viens d’une famille protestante, nous allions au culte une fois par an pour Noël et nous le célébrions en famille. J’en garde, je l’avoue des souvenirs mitigés. Plus tard, après la disparition de ma grand-mère, ces traditions se sont progressivement dissolues. L’athéisme s’est imposé à moi comme une évidence, j’ai grandi et j’ai vécu bien des Noëls plutôt comme une contrainte même si j’aimais bien l’ambiance qui régnait dans les rues parisiennes en cette période de l’année.

Pour la troisième année – correspondant à la troisième année avec l’homme qui partage ma vie, il y a quelque chose comme un esprit de Noël qui s’empare de moi dès la fin novembre. Effet de contagion ? Peut-être… Noël a-t-il quelque chose de vraiment particulier et ce quelles que soient nos convictions religieuses ? Quelques réflexions et quelques lectures et recherches pour tenter d’y voir plus clair.

Fêter Noël quand on est athée ?

Je vais d’abord mettre de côte l’idée selon laquelle quand on est athée, on ne fête pas Noël. J’adhère parfaitement au point de vue défendu par R. Elisabeth Cornwell dans son article « A very atheist Christmas »1https://www.richarddawkins.net/2012/12/a-very-atheist-christmas/.

Le fait de célébrer « quelque chose » autour du solstice d’hiver trouve ses racines dans de nombreuses traditions non chrétiennes à travers le monde (Saturnales romaines2https://fr.wikipedia.org/wiki/Saturnales, Yule3https://fr.wikipedia.org/wiki/Yule, Kwanzaa4https://fr.wikipedia.org/wiki/Kwanzaa, Dōng zhì5https://fr.wikipedia.org/wiki/Solstice_d%27hiver_(f%C3%AAte_chinoise), etc.) D’une manière ou d’une autre, même en étant athées, nous héritons de ces traditions qui ont en commun la réunion et le partage, la bienveillance et la générosité. Ces valeurs seraient-elles l’apanage des croyants ? Heureusement, non.

En France, 34% des gens se disent sans religion, 29% se disent athées6WIN – Gallup International GLOBAL INDEX OF RELIGIOSITY AND ATHEISM – 2012 Ce qui, sans compter les musulmans, les juifs et tous les autres croyants qui n’auraient pas de raison de fêter Noël si ce n’était « qu’une » fête chrétienne, représente déjà 63% de la population. Un chiffre considérable pour une célébration qui investit notre quotidien dès à partir de mi-novembre …

via GIPHY

Je crois que la question n’est pas tant de chercher à affirmer que Noël peut bien être une fête profane mais de l’assumer en se disant que, peut-être, cette période de l’année, sombre, froide, serait franchement déprimante si on n’avait pas la perspective de quelque chose de joyeux et de réconfortant et que nous en avons bien besoin… L’athée sceptique rationnel est-il forcément un sombre grincheux que l’idée d’hédonisme rebute ? J’espère bien que non ! Nous pouvons tous créer nos petites traditions autour de cette fête de Noël et la triade messe de minuit, cantiques et crèche n’est pas obligatoire…

 

L’esprit de Noël à l’épreuve de l’IRM fonctionnelle

via GIPHY

Revenons à nos moutons, enfin à nos rennes. L’esprit de Noël existe-t-il ? En 2015, dans une étude relayée par la presse, une équipe de chercheurs danois a livré une étude7http://www.bmj.com/content/351/bmj.h6266 dans laquelle ils utilisaient l’IRM fonctionnelle8https://fr.wikipedia.org/wiki/Imagerie_par_r%C3%A9sonance_magn%C3%A9tique_fonctionnelle dans le but de voir si des stimulations visuelles (images de Noël en 3D) activait des zones cérébrales spécifiques. Pour ce faire, ils ont fait appel à un panel de 20 personnes en bonne santé dont 10 avaient des traditions de Noël et 10 n’en avaient aucune. Ils se sont rendus compte que chez les personnes attachées à Noël, la stimulation visuelle provoquaient une activité accrue dans le cortex prémoteur frontal (qui aide à prendre du plaisir en partageant des moments en collectivité et se les remémorer), le lobe pariétal (lié à la transcendance de soi, et ainsi à la spiritualité) et le cortex somato-sensoriel (qui permettrait de reconnaître les émotions à partir d’expressions du visage). Il y aurait donc, selon eux, un réseau « esprit de Noël » dans le cerveau de ceux et celles qui ont une tradition de Noël…

Des résultats à prendre néanmoins avec des pincettes compte tenu d’abord du petit nombre de participants à l’étude (20 en tout, c’est peu pour viser à l’universalité), le fait que celle-ci n’ait pas été reproduite et que les mêmes stimulations pourraient parfaitement être détectables chez d’autres personnes et pour d’autres fêtes mais également compte tenu de l’importance des faux négatifs en matière d’IRM fonctionnelle. Pour l’anecdote, en 2010, des chercheurs californiens9Bennett, C., Baird A., Miller, M., Wolford G. (2010). « Neural correlates of inter-species perspective taking in the post-mortem Atlantic Salmon : an argument for proper Multiples Comparisons Corrections ». Journal of Serendipitous and Unexpected Results 1 – 1 : p1-5. se sont « amusés » à rechercher une trace d’activité neuronale chez un saumon d’Atlantique mort en lui montrant photographies d’humains dans des situations d’exclusion sociale ou au contraire, des situations d’intégration sociale. Et… ils ont trouvé des traces d’activité neuronale chez l’animal – vous penserez à lui devant vos toasts de saumon fumé. 10D’autres études montrant l’importance des faux négatifs en IRM fonctionnelle causé par l’algorithme utilisé sont également venues jeter un pavé dans la mare depuis. Voir « Cluster failure: Why fMRI inferences for spatial extent have inflated false-positive rates » Anders Eklund, Thomas E. Nichols, Hans Knutsson, Edited by Emery N. Brown, Massachusetts General Hospital, Boston, MA, and approved May 17, 2016 (received for review February 12, 2016)

Bon, la cartographie cérébrale ne suffit donc pas, à elle-seule, à révéler la magie de Noël. Cherchons ailleurs…

Noël, une période spéciale sur le plan psychologique ?

Sommes-nous plus tristes, plus fragiles ou au contraire plus heureux en période de fêtes ?

via GIPHY

La littérature française n’est pas très fournie sur le sujet (il y a davantage de choses du côté des instituts de sondage et des études de marché- leur rigueur pourra laisser dubitatif, mais on fait avec ce que l’on a), l’anglo-saxonne l’est un peu plus. Voici quelques éléments:

Noël, c’est pour beaucoup vécu comme quelque chose de joyeux (notamment chez les plus âgés) mais aussi comme quelque chose de stressant (en particulier par les femmes)11Kasser, T., & Sheldon, K. M. (2002). What makes for a merry Christmas?. Journal of Happiness Studies, 3(4), 313-329. Une notion que l’on retrouve dans une étude française Ma Reduc/YouGov12LES FÊTES DE NOËL 2016 SERONT FAMILIALES, JOYEUSES ET GÉNÉREUSES… ET PLACÉES SOUS LE SIGNE DES ECONOMIES https://www.ma-reduc.com/presse/les-francais-et-noel-2016.php13L’étude ne donne pas le nombre de personnes sollicitées pour faire partie du panel représentatif, ce que l’on déplorera volontiers : Plus de huit Français sur dix (86% )célèbrent Noël. « Familiales » (87%), « joyeuses » (69%), « généreuses » (44%) sont les valeurs les plus citées par les Français qui comptent les célébrer. Mais pour près d’un Français fêtant Noël sur cinq (19%) ces fêtes s’avèrent stressantes, solitaires et/ou déprimantes. Pour ces derniers, la principale cause de ce stress réside dans les dépenses excessives (54%) provoquées par ces festivités, suivies des obligations (43%), voire des discordes familiales (34%).

Ainsi ce qui pèserait sur Noël, c’est ce que nous sommes socialement conditionnés à faire (dépenser des fortunes en cadeaux, aller embrasser tante Yvonne et se fighter avec sa famille réac’ ou complotiste par exemple…). En rusant, on peut y échapper ;)

On note également que le jour de Noël est le plus creux en matière de rupture amoureuse14https://sciencetonnante.wordpress.com/2010/12/25/la-treve-de-noel/ – en tout cas pour ce qui est des changements de statut amoureux sur Facebook 15https://sciencetonnante.wordpress.com/2010/12/25/la-treve-de-noel/. Bien trop cruel…

Sur un plan pathologique, on note qu’il y a généralement moins de suicides durant la période de Noël16 Sansone RA, Sansone LA. The Christmas Effect on Psychopathology. Innovations in Clinical Neuroscience. 2011;8(12):10-13. 17Halpern, S. D., Doraiswamy, P. M., Tupler, L. A., Holland, J. M., Ford, S. M., & Ellinwood, E. H. (1994). Emergency department patterns in psychiatric visits during the holiday season. Annals of emergency medicine, 24(5), 939-943. et que, contrairement aux idées reçues, Noël (et en particulier les deux semaines qui précédent Noël) aurait une espèce d’effet protecteur au regard de nombreuses psychopathologies exceptés (et là, on est assez peu surpris) celles liées aux abus d’alcool ainsi les troubles de l’humeur comme la dépression (notamment chez les personnes âgées18« Why the Holidays Can Be Deadly » https://www.aliem.com/2013/12/holidays-deadly/ et/ou isolées) en partie dues à la croyance individuelle en un mythe selon lequel toutes les autres personnes seraient en train d’avoir du bon temps entouré par une famille aimante – ce qui n’est pas tout à fait vrai…

Bon, là comme ça, en ce qui concerne les personnes dépressives, on le voit un peu moins l’esprit de Noël…

Santé: Noël de tous les dangers ?

Question santé, Noël, c’est une sale période notamment pour les urgentistes et les médecins à domicile qui voient défiler mains coupées avec le couteau à huitres, traumatismes à l’œil à cause d’un bouchon de champagne, indigestions plus ou moins sévères, allergies au sapin et j’en passe,  etc… 19Voir l’émission Toc Toc Docteur http://video.lefigaro.fr/figaro/toc-toc-docteur/5484879518001/ (on fermera les yeux sur le passage sur les aliments alcalins)

Plus grave, on note une hausse de 9% des visites aux urgences en période de fêtes20https://www.aliem.com/2013/12/holidays-deadly/. Une partie est certes due au fait que les médécins généralistes en cabinet ferment leurs portes quelques jours mais un certain nombre d’études 21Phillips, D. P., Jarvinen, J. R., Abramson, I. S., & Phillips, R. R. (2004). Cardiac mortality is higher around Christmas and New Year’s than at any other time. Circulation, 110(25), 3781-3788.22Kloner, R. A. (2004). The “merry Christmas coronary” and “happy New Year heart attack” phenomenon. Circulation, 110(25), 3744-3745. déplorent notamment une nette hausse des urgences cardio-vasculaires entre Noël et le jour de l’An. Le stress, les excès à table (graisse, sel, alcool), les oublis de médicaments, retard dans la prise de rendez-vous médicaux chez les patients à risque en sont notamment responsables…

Ici aussi, on a vraiment du mal à voir la magie de Noël…

Allez, une note positive quand même pour conclure : il semblerait bien que les enfants sont de plus en plus conçus à la période de Noël 23https://www.ined.fr/fr/publications/population-et-societes/saison-enfanter/#tabs-2

Si c’est quelque chose dans vos projets (ou pas d’ailleurs, les moyens de contraception ce n’est pas pour les lutins) et pour éviter stress, excès et accidents, vivez d’amour et d’eau fraîche avec votre cher-ère et tendre pendant la semaine de Noël.

via GIPHY

Allez, même si je n’ai pas vraiment trouvé l’esprit de Noël, je vous souhaite de bonnes fêtes. Prenez soin de vous !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *