Humeurs

Doit-on vraiment écouter son corps ?

En yoga, on dit souvent « tu dois écouter ton corps »ou « tu dois laisser parler ton corps ». Et souvent, je vois ce type d’injonction ailleurs, par exemple sur des sites de sophrologie ou autres techniques de « mieux être ».

Mais est-ce vraiment pertinent ? Est-ce que notre corps a tant de choses que cela à nous dire ?

Quand on pratique une activité physique, être à l’écoute de son corps me semble absolument essentiel, simplement pour éviter de faire n’importe quoi.

Si, lorsque j’adopte une posture, je sens que ça tire, que je suis inconfortable ou que j’ai mal, c’est évidemment le signe que je suis allée trop loin et qu’il faut que je revienne un petit peu en arrière – même si j’ai envie de me dépasser. On a tout-e-s fait l’expérience de la blessure qui nous rappelle à l’ordre et qui nous oblige à l’humilité…

Si je me sens fatiguée – parce que je suis un peu malade, que je viens d’avoir mes règles, que j’ai trop peu dormi ou que j’ai fait un gros entraînement la veille, j’ai tout intérêt à « écouter » cette fatigue et à y aller mollo parce que je n’ai pas envie de m’épuiser davantage et encore moins de me blesser. Cette fatigue n’est pas de la flemme, juste un signal qu’il faut se ménager un peu et adapter sa pratique – par exemple préférer le Yin yoga au Vinyasa, le Pilates au HIIT, etc.

Dans ces cas là, écouter son corps permet de poser des limites saines, d’entretenir des rapports raisonnables avec la pratique sportive afin qu’elle demeure bénéfique et qu’elle reste un plaisir.

Cette écoute de soi semble également pertinente en matière d’alimentation. Apprendre à écouter sa faim permet à l’évidence de s’auto-réguler et d’éviter les excès – sous réserve bien sûr que l’on ne soit pas stressé-e, anxieux-se ou que l’on ne souffre pas de TCA – là, je pense que les signaux émis par notre corps sont faussés. Par exemple, quand je suis nerveuse, je ne ressens que très peu la faim et ce n’est pas pour autant que je n’ai pas besoin de manger correctement…

En ce sens, écouter son corps paraît être quelque chose d’assez salvateur afin, simplement, d’adopter un mode de vie équilibré. C’est, me semble-t-il, du bon sens que l’on a parfois tendance à juste oublier parfois, obsedé-e-s que l’on peut être par la performance.

Mais, cette notion d’écoute de soi me semble parfois dépasser les bornes du raisonnable pour aller vers des dérives un peu aberrantes, sinon dangereuses.

Cette vidéo est pour moi une bonne illustration :

Le « écoute tes symptômes plutôt que de vouloir les soigner » devient alors, à mon sens, un dévoiement malsain. OK, si j’ai des contractures dans les épaules, c’est le signe que je suis tendue ou que je me tiens mal, si j’ai mal au ventre après un gros repas, c’est évidemment révélateur du fait que j’ai trop mangé, jusque là, je suis d’accord.

Mais au delà ? On est d’accord que les symptômes signifient qu’il y a un truc qui cloche dans notre corps, peut-être dans notre esprit aussi. Mais il faudrait s’assoir, les regarder d’un œil extérieur, attendre qu’ils passent en nous interrogeant sur leur signification et en saluant le miracle de la biologie humaine ? Mmmm, en gros, on a le temps d’y passer… J’exagère un chouia mais ce genre de discours induit à mon sens ce type de comportement. Revenons à nos exemples.

Si j’ai systématiquement mal lors de ma pratique du yoga ou du sport, il y a peut-être un vrai soucis qu’il vaudrait mieux connaître et soigner.

Si ma fatigue perdure malgré un mode de vie équilibré, cela cache peut-être quelque chose qui mériterait une consultation – même si c’est une fausse alerte. En outre, cette fatigue peut être handicapante au quotidien. En chercher les causes médicales permettrait de la traiter.

Si je n’ai pas d’appétit et que cela dure, ce n’est pas forcément que mon organisme se régule mais que je peux avoir développé une pathologie causant cette anorexie (dépression certes, mais aussi infection, perturbation hormonale, problème gastrique, cancer… ) . De plus, ce manque d’appétit qui perdure va causer à terme une dénutrition délétère à mon état de santé général…

Il ne s’agit pas, bien sûr, de tomber dans l’écueil inverse qui serait l’hypocondrie. Il y a des maux qui ont bel et bien des causes psychosomatiques – reste encore à le démontrer par un diagnostic fondé sur l’élimination et à en soigner les symptômes si ceux-ci sont néfastes à notre bien-être et à notre santé.

Simplement, il convient de se méfier de cette forme de contentement qui pourrait amener à passer outre une éventuel trouble. Écouter son corps, c’est aussi reconnaître les signaux de gravité qu’il nous envoie et qui requièrent une aide extérieure.

Méfiance également quant au désir du surinterprétation de nos maux. La fameuse association « maladie » / « Le mal a dit » inspirée notamment du livre de Jacques Martel « Dictionnaire des malaises et des maladies » est peut-être satisfaisante pour essayer de donner du sens à nos troubles, elle n’en est pas moins fallacieuse. Feuilleter ce livre est simplement éloquent et va à l’encontre de tout raisonnement scientifique – pour info, ce monsieur Martel n’est ni médecin, ni psychiatre…

Ce qu’il dit sur l’autisme est simplement choquant :

Tout autant que ce qu’il raconte sur l’homosexualité :

La partie sur les causes psychosomatiques des cancers est également un véritable tissus d’inepties culpabilisant les malades et les laissant davantage dans le désarroi qu’autre chose.

La partie sur l’épilepsie et l’explication des absences qu’elle provoque est clairement une invitation au non-diagnostic et au non traitement alors que l’on sait que ce « petit mal » évolue généralement vers la forme tonico-clonique, dite aussi « grand mal«  qui peut avoir des conséquences majeures…

On est ici dans ce qui est, à mon sens, du pur charlatanisme exploitant le désarroi des malades que même des praticiens en radiesthésie dénoncent.

Que l’on s’ « amuse », dans une démarche de développement personnel, à analyser le pourquoi de nos petits maux, pourquoi pas ?

Mais, dès lors que l’on tend à en faire une véritable doctrine et à nier la science, à s’éloigner des traitements médicaux conventionnels pour s’en remettre à ce type de dérives pseudo-médicales sans fondement, cela devient dangereux.

En somme, oui, il faut écouter son corps dans les limites du raisonnable, afin simplement de trouver un équilibre – et cela est d’autant plus vrai quand on met son corps à l’épreuve en pratiquant une activité physique.

Mais, quand on rentre dans la sur-interprétation des symptômes, dans l’auto-analyse permanente et que l’on se transforme en psychanalyste de notre corps, on tend vers quelque chose qui n’est plus sain du tout.

Et vous, dans quelle mesure êtes-vous à l’écoute de votre corps ?

 

 

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