Humeurs

#BalanceTonPorc, #MeToo, une semaine de hashtags qui font mal

Depuis une semaine maintenant, Twitter et Facebook ont résonné au son des #BalanceTonPorc et des #MeToo pour donner aux victimes de harcèlement sexuel et de viol une voix légitime parce que trop souvent refoulée et/ou inaudible.

En déroulant nos flux, les constats sont terribles, sans appel, pour la plupart violent. Les réponses de certain-e-s le sont tout autant sinon plus.

Tout d’un coup, la parole s’est libérée, en rafale. Une véritable onde de choc dont je ne sors pas indemne. Parce que depuis une semaine, je lis ces témoignages, pas forcément en détail, mais pendue sur les réseaux en CM que je suis, ils n’ont pu m’échapper. Amies ou inconnues, aucune ne semble avoir été épargnée.

Et j’ai mal à mon Twitter.

Et des pensées tournent en boucle dans ma tête, avec le lot d’angoisses et d’insomnies qui vont avec. Je n’ai pas « balancé mon porc » en un thread. L’histoire est trop longue, trop douloureuse. Non pas que j’ai honte ou que je me sente encore coupable. Ce n’est un secret pour aucun de mes proches. J’ai déjà raconté publiquement tout cela il y a quelques années pour exorciser (je n’arrive pas à relire ce que j’avais alors écrit). Ça avait marché. Enfin à peu près en tout cas parce qu’on est jamais complétement guérie mais qu’on peut réussir à se relever même en portant des cicatrices. Ma vie s’est reconstruite depuis – c’était il y a plus de 9 ans maintenant. Les amis, les amants, la musique, l’écriture, le travail, le yoga, et bien sûr, mon mari qui sait si bien panser mes plaies depuis deux ans et demi.

Mais depuis une semaine, mes cicatrices se sont ré-ouvertes. Je revis certaines scènes, j’essaie d’y mettre des mots. Comme une méchante réminiscence, je ressens dans ma chair la gène et le dégoût. Le pire? Je revois son visage.

J’ai beau essayer de me concentrer sur le présent. Ma vie d’aujourd’hui où je suis sans doute plus heureuse et épanouie que jamais. Ça ne suffit pas.

Cette semaine sur les réseaux sociaux m’a éreintée moralement, même en bloquant ces fameux hashtags. J’ai eu envie de dire plein d’autres trucs. J’ai été en colère, de manière égoïste, contre celles qui pleurnichaient pour une main aux fesses dans le métro. Je m’en suis voulue. Évidemment, une main au cul, ce n’est pas excusable. Je me suis énervée contre ce #MeToo qui me semble exclure les mecs bien en les mettant devant un triste constat sans leur donner de clés. J’ai eu l’impression que ce # était une sorte d’obligation, de rite de passage qui nécessite aujourd’hui un #alorsmaintenant (que j’emprunte à un ami). J’ai bondi devant les commentaires du style « mais vous n’avez qu’à porter plainte, ça éviterait d’autres victimes » (ah, il est beau le jeu de culpabiliser les victimes quand on ne sait pas dans quel état elles sont !). J’ai rugi, aussi, devant les remarques sur le mode « Les mecs, c’est tous des salauds ».

Je n’ai ni envie de jouer les Caliméro, encore moins de reprocher aux victimes de s’être exprimées. Les #BalanceTonPorc et #MeToo n’étaient peut-être pas la meilleure manière d’ouvrir les yeux pour différentes raisons mais s’ils ont, au moins, le mérite de libérer la parole, de permettre aux victimes de se sentir mieux, et peut-être (je n’en sais rien) de changer un peu la donne, c’est déjà ça de pris.

Mais putain, ça fait mal tout ça. Et à échanger avec d’autres, je ne suis pas la seule à avoir morflé.

Je n’ai pas de solution. Pas de proposition. Juste l’envie de m’exprimer,  peut-être vainement.

Ou alors, l’ambition, trop lourde pour mes épaules, de non pas changer la règle du jeu mais de changer le jeu pour reprendre l’expression d’André Breton.

#AlorsMaintenant , on fait quoi ?

3 Comment

  1. Ahhhhh… Bah ça fait du bien de lire tout ça.
    Ton article fait écho au mien. Pour dire que balancer autant de négatif n’aide pas. Que parfois certaines choses peuvent faire plus de mal que de bien.

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