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5 bonnes raisons de regarder Master Of None

S’il fallait choisir une seule série pour cette fin de saison, je vous conseillerais directement Master Of None, disponible à la demande sur Netflix. Je l’ai découvert un peu sur le tard, après la sortie de la saison 2, et littéralement bingewatché en quelques soirs.

Voici 5 bonnes raisons – liste non exhaustive, de regarder Master Of None:

Parce que Aziz Ansari

Vous l’avez peut-être vu dans Parks & Recreation (moi non) ou dans un de ses stand-up disponibles également sur Netflix. Humoriste, acteur, producteur, réalisateur et écrivain, c’est pour moi une sorte de Woody Allen (période Annie Hall) des années 2015. Maître de l’auto-fiction à l’américaine (je précise parce qu’en France, ce terme est souvent synonyme de nombrilisme…), c’est véritablement sa vie qu’il met en scène dans la série avec un art maîtrisé de la réflexivité et de l’auto-dérision. Dev, c’est lui. Oui, ce sont bien ses parents que l’on voit dans la série. Oui, son père est effectivement gastro-entérologue. Oui, il a bien passé plusieurs mois de sa vie à faire un break pour cuisiner des pâtes à Modène…

Ce mec ne se contente pas d’être drôle, il est aussi sincère, bienveillant et profond. Bref, le pote que l’on aimerait bien avoir.

Parce que c’est la série des xénials

Ansari a mon âge, à quelques mois de différence, pile cette génération qui a le cul entre deux chaises, ni X ni Y. Elle a grandi sans internet, smartphone ou réseaux sociaux et les a intégrés vers la fin de l’adolescence, ce qui lui permet d’avoir un certain recul sur ces nouveaux usages, de les critiquer sans pour autant jouer les vieux cons. En gros, même si elle drague sur Adopte un mec ou Tinder, elle a conscience qu’il y a d’autres manières de faire – et sait aussi faire preuve de romantisme.

En outre, elle continue de vivre comme si elle avait 25 ans – avec un petit plus question pouvoir d’achat également, ce qui lui permet de se payer des bons restos et des déplacements en Uber.

Elle a des références culturelles que les « jeunes » nés dans les années 90-2000 prendront pour des oldies : le grunge, le ska, les films avec Schwarzenegger ou les séries SF miteuses des années 80… tout en étant curieuse des actualités pop culture d’aujourd’hui.

Aziz Ansari s’amuse régulièrement à pointer les contradictions de cette génération qui a connu de nombreuses révolutions, qui sait réinventer régulièrement sa vie, qui est ironique voire cynique sans être parfaitement aigrie, qui garde la souplesse de la jeunesse sans pour autant être parfaitement insouciante.

Master Of None, c’est tout cela. Même si Lena Dunham s’est vantée d’être « la voix d’une génération » dans Girls, je ne me suis jamais identifiée à cette série, alors que je me reconnais très bien dans le petit monde d’Ansari. Peut-être est-ce du aux quatre petites années qui me séparent de Dunham ou à sa vision pas très large des choses.

Parce que les personnages féminins sont top

Si Ansari dénonce un sexisme ordinaire qu’il découvre dans l’épisode Ladies and Gentlemen, il ne fait pas que prêcher la bonne parole.

Il met aussi en scène des personnages féminins à l’authenticité rare. Je pense bien sûr à Denise, la meilleure amie lesbienne de Dev – l’épisode Thanksgiving est d’une formidable intelligence. Mais aussi à Rachel, la petite amie de Dev dans la saison 1, mutine, décalée, drôle et indépendante, à Francesca, son crush de la saison 2 empêtrée dans des fiançailles et qui ne sait pas si elle doit laisser Dev dans la friend zone ou encore à Nina (improbable Claire Danes), une femme mariée et blasée qui cherche à tromper l’ennui dans The Other Man.

On est très loin des clichés habituels des séries, y compris celles se voulant féministes – oui, je vais encore dire du mal de Girls…

Parce que c’est un tableau pertinent des rapports humains

La relation amicale entre Dev et Arnold est assez révélatrice de la manière dont Ansari traite des rapports humains. Sans fard, avec sympathie et tendresse. Une relation complice où les deux compères n’hésitent pas à se faire de gros hugs pour se soutenir.

Les relations avec les parents – entre respect, amour, rébellion, exaspération et incompréhension est également très bien sentie. À la trentaine, nos parents nous considèrent encore comme des enfants et nous, nous essayons de leur parler d’adulte à d’adulte. Des fois ça passe, des fois, ça clashe, mais vu de loin, ça peut être aussi drôle que touchant. Voir, par exemple, l’épisode Religion où Dev essaie de faire des concessions sur la prière, le fait de ne pas manger de porc, etc. auprès de sa famille et fini par débaucher son cousin dans une foire au cochon. Ou encore ce passage où son père lui explique comment il s’est marié en 30 minutes avec sa mère… Ou bien encore celui où le père de Brian prend conseil auprès de son fils sur ses conquêtes féminines.

L’épisode Old people où Dev fait la connaissance de la grand mère de Rachel est aussi très bien fait avec cette relation toute particulière qu’ont les petits enfants devenus grands avec leurs grands parents.

Enfin, les relations amoureuses sont traitées avec une certaine finesse, sans fausse pudeur, de l’humour et même du romantisme, et ce dans toute leur complexité, ce qui est rarement le cas. La relation entre Dev et Francesca, pleine d’ambiguïté, de non-dits est un excellent modèle de tergiversation amoureuse. Un traité de la romance en 2017 ? Pas loin !

Parce que ça évoque avec intelligence la place des minorités

Ansari a un prisme un peu particulier : il est le fils d’immigrés indiens tamouls parfaitement intégrés aux USA. Pour autant, il ne fait pas une série sur le thème de l’intégration ou des minorités. Mais, avec finesse, il tacle les stéréotypes – pourquoi les rôles d’indiens au cinéma ou à la télé devraient-ils être toujours tenu par des acteurs avec un accent digne de Apu dans The Simpsons ?

Il montre aussi, en filigrane, ce que c’est que d’être à cheval entre deux cultures, celle de ses parents (qu’il voit parfois comme plus tradi qu’ils ne sont) et la sienne. C’est une question qui traverse les deux saisons de la série, sans jamais forcer le trait mais juste comme un fait, peut-être révélateur d’une sorte de combat intérieur pas totalement résolu. La réflexion sur ce thème se fait également en miroir avec le personnage de Brian – voir l’épisode Parents.

En touches impressionnistes, Master Of None est aussi une sorte d’hymne à la tolérance en ce sens que chacun peut être différent sans que cela ne pose problème, ni que l’on ait besoin de le signaler.

Et en vrac, d’autres bonnes raisons de regarder Master Of None :

  • Ça parle de bouffe tout le temps et ça donne faim de pâtes
  • Ça parle autant aux mecs qu’aux filles
  • On rit mais on pleure aussi
  • Il n’y a que 20 épisodes en tout, on peut les déguster un par un ou tout bingewatcher en un weekend
  • La sélection musicale
  • Les références au cinéma italien
  • La saison 2 est mieux que la 1

Si vous aimez La Dolce Vita, les pâtes et le poulet, Lost in translation, les phoques en peluche, les balades dans New York, les cupcakes, l’électro pop, les câlins, les pharmacies, les applications de rencontres, les films de monstres ou que vous vous rappelez du film Les Jumeaux ou de la victoire de Chang, vous allez adorer Master Of None !

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